
Dodge Challenger SRT Demon 170
Guide & Passion
Le briefing avant le départ.
Il y a des voitures qu'on achète. Et il y a des voitures qu'on choisit de vivre. La Dodge Challenger SRT Demon 170 appartient à la deuxième catégorie — celle des machines qui ne cherchent pas votre approbation, qui n'essaient pas de vous séduire avec des courbes raffinées ou un intérieur en cuir pleine fleur. Non. La Demon 170, elle arrive, elle pose ses 315 mm de gomme sur le bitume, et elle vous regarde droit dans les yeux.
C'est la dernière Challenger produite à environ 3 300 exemplaires. La dernière d'une lignée qui a fait trembler les quartiers depuis 1970. Et Dodge a décidé de tirer sa révérence de ses V8 compressés de la façon la plus américaine qui soit : à fond, en faisant le plus de bruit possible, et avec un record du monde en poche. Un collector, un symbole, une fin de chapitre historique.
Attachez votre harnais. On vous emmène au tour de chauffe.

La fiche technique — ou comment Dodge a réécrit les règles
Avant d'entrer dans le vif du sujet, quelques chiffres. Parce que sur la Demon 170, les chiffres ne sont pas des arguments marketing — ce sont des déclarations d'intention.
Moteur : V8 Hemi 6.2L suralimenté
Puissance : 1 025 ch sur carburant E85 — 900 ch sur essence classique
Couple : 1 316 Nm
0 à 100 km/h : 1,66 seconde
0 à 400m (quart de mile) : 8,91 secondes à 241 km/h
Transmission : Automatique 8 rapports TorqueFlite
Propulsion : Arrière — comme il se doit
Ce 0 à 100 en 1,66 seconde, c'est le meilleur jamais enregistré pour une voiture de série homologuée. Pas un prototype. Pas une hypercar à 3 millions d'euros. Une voiture avec des sièges arrière, une sono, et des poignées de porte.

La ligne de départ — ce qu'on ressent au premier regard
La Demon 170 ne cherche pas à être belle (quoi que…). Elle cherche à être impressionnante. Et elle y parvient sans effort.
La calandre grande ouverte — trois entrées d'air façon circuit — annonce la couleur dès le premier regard. Les élargisseurs d'ailes, les sorties d'échappement quadruples, les jantes forgées 18 pouces en finition satin carbon... tout est là pour rappeler qu'on n'est pas sur un parking de centre commercial mais sur la ligne de départ d'un quart de mile.
À l'intérieur, Dodge a gardé l'essentiel : des sièges baquets en cuir avec marquage Demon, un volant à méplat, des palettes de changement de vitesse et un écran Uconnect 5 de 12 pouces pour la navigation. Pas de fioritures inutiles. Juste ce qu'il faut pour piloter.

Le tour de chauffe — la prise en main
Derrière le volant, on comprend très vite que la Demon 170 demande du respect. Pas de la peur — du respect. Comme un avion de chasse : tout est possible, à condition de savoir ce qu'on fait.
Le démarrage est un événement en soi. Le V8 s'éveille avec une note grave, presque insolente, qui fait vibrer les rétroviseurs et retourner les têtes à 200 mètres à la ronde. En mode Street, la voiture est docile — étonnamment docile pour une machine de cet acabit. Les 1 025 chevaux sont là, mais ils attendent sagement leur tour.
Activez le mode Drag, en revanche, et tout change. La suspension s'abaisse à l'avant, le différentiel se verrouille, le launch control s'engage. Vous posez le pied gauche sur le frein, vous écrasez l'accélérateur, vous relâchez. Et là — là — vous comprenez pourquoi les journalistes américains sont tous rentrés sans voix après leurs premiers essais.
Le monde se plie. La ligne d'horizon arrive vers vous à une vitesse qui court-circuite le cerveau. Ce n'est plus de l'accélération — c'est une catapulte.

Les réglages — une machine à personnaliser
La Demon 170 n'est pas qu'une bête de ligne droite. Elle embarque une palette de modes de conduite qui permettent de doser l'expérience selon l'humeur du pilote :
Street — Pour le quotidien. Oui, ça existe.
Sport — Les réponses s'affûtent, la boîte passe plus vite.
Track — Le mode circuit. L'antipatinage lâche du lest.
Drag — La configuration quart de mile. Launch control, suspension avant relevée, tout pour la traction maximale.
Valet — Pour confier les clés sans trop d'angoisse. La puissance est bridée. Votre voiturier vous remercie.
La voiture est aussi configurée pour fonctionner en E85 ou en essence classique via le menu de l'écran central — avec une différence de puissance significative entre les deux. Si vous avez accès à l'E85, il serait dommage de s'en priver.

Le rapport de course — points forts & points de vigilance
Ce qu'on adore :
Une puissance absolument obscène, délivrée de façon exploitable
Un son de V8 qui appartient au patrimoine mondial de l'automobile
Un caractère unique, assumé, sans compromis
Une édition limitée qui prend de la valeur dès la sortie du showroom
Le plaisir brut, physique, primal — celui qu'aucun simulateur ne peut reproduire
Ce qu'il faut anticiper :
Une consommation qui se mesure en seaux plutôt qu'en litres aux 100
Des pneumatiques qui apprécient modérément les virages serrés
Un gabarit américain qui demande un peu d'adaptation en milieu urbain européen
Une homologation à vérifier selon les configurations pour l'usage routier en France
La ligne d'arrivée — notre verdict
La Dodge Challenger SRT Demon 170 est une anomalie plus que magnifique. Elle n'aurait pas dû exister — et pourtant elle est là, record du monde en poche, prête à démontrer que le moteur thermique est capable de vous couper le souffle jusqu'à la toute dernière seconde.
C'est la dernière Challenger. La fin d'une époque. Celle où on construisait des voitures avec des convictions, de la fonte et un bruit qui réveille les morts.
Dans vingt ans, quand les routes seront silencieuses et les voitures autonomes, on se souviendra de la Demon 170. Et on dira : c'était ça, piloter !

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